À plus de 2 700 mètres, le col de la Bonette impose une vraie préparation, même aux cyclistes habitués aux longues ascensions. Je vous propose ici un guide pratique pour comprendre ses deux versants, choisir le bon itinéraire, gérer l’altitude et préparer un équipement adapté aux conditions changeantes des Alpes du Sud.
L’essentiel à retenir avant de monter à la Bonette
- Altitude du col : 2 715 m, avec une route qui atteint 2 802 m autour de la cime.
- Versant nord depuis Jausiers : environ 24 km et 1 590 m de dénivelé positif.
- Versant sud depuis Saint-Étienne-de-Tinée : environ 26 km et 1 650 m de dénivelé.
- Période conseillée : de juin à septembre, selon l’enneigement et les décisions d’ouverture.
- Équipement indispensable : plusieurs couches, un braquet montagne, de l’eau et une protection contre le vent.

Pourquoi cette ascension attire autant les cyclistes
La Bonette relie la vallée de l’Ubaye, côté Jausiers, à la vallée de la Tinée, côté Saint-Étienne-de-Tinée. Son intérêt ne tient pas seulement à l’altitude. On y trouve une montée longue, régulière et très exposée dans sa partie finale, avec des paysages qui passent progressivement des prairies alpines aux reliefs presque lunaires.
Je trouve surtout intéressant que l’ascension offre une difficulté lisible. La pente moyenne reste généralement autour de 6 à 7 %, mais l’effort dure plusieurs heures et la raréfaction de l’air se fait sentir au-dessus de 2 000 mètres. Ce n’est donc pas une montée réservée aux grimpeurs explosifs, mais elle exige une bonne gestion de l’allure.
Le site est aussi connu pour une confusion fréquente. Le col routier se situe à 2 715 m, tandis que la boucle goudronnée qui contourne la cime monte jusqu’à 2 802 m. La Cime de la Bonette elle-même atteint environ 2 860 m, mais son sommet n’est pas accessible directement à vélo de route.
Quel versant choisir entre Jausiers et Saint-Étienne-de-Tinée
Les deux montées sont remarquables, mais elles ne se vivent pas de la même façon. Pour une première découverte, je recommande souvent le départ de Jausiers, car l’ascension nord est relativement régulière et permet de mieux contrôler son effort.
| Départ | Distance jusqu’à la cime routière | Dénivelé positif | Pente moyenne | Profil |
|---|---|---|---|---|
| Jausiers | Environ 24 km | Environ 1 590 m | 6,6 à 6,9 % | Long, régulier et progressif |
| Saint-Étienne-de-Tinée | Environ 26 km | Environ 1 650 m | Environ 6,4 % | Plus irrégulier et très exposé |
Le départ de Jausiers
Le versant nord suit d’abord la vallée avant de gagner progressivement de la hauteur. Les premiers kilomètres peuvent donner une fausse impression de facilité, car les difficultés les plus impressionnantes apparaissent plus haut, lorsque la végétation se raréfie et que les virages s’ouvrent sur les sommets.
Je conseille de ne pas dépasser votre allure d’endurance dans la première moitié. Gardez une cadence souple, idéalement avec un braquet permettant de rester assis dans les passages à 7 ou 8 %. La fin paraît alors difficile, mais elle reste généralement plus prévisible que sur le versant sud.
Lire aussi : Quand rouvrent les cols savoyards à vélo ?
Le départ de Saint-Étienne-de-Tinée
Depuis le sud, la montée est légèrement plus longue et présente davantage de variations de pente. Certains passages semblent faciles, puis la route se redresse sans prévenir. Cette alternance use davantage les cyclistes qui partent trop vite.
Ce versant me paraît particulièrement intéressant pour un cycliste déjà à l’aise sur les cols hors catégorie. Il offre une ambiance plus sauvage, avec une sensation d’isolement marquée. En revanche, il faut être autonome, car les possibilités de ravitaillement sont limitées en altitude.
Comment préparer l’ascension sans sous-estimer la montagne
Une montée de 24 à 26 kilomètres demande une préparation spécifique. Je ne chercherais pas à reproduire la distance chaque semaine. Il est plus efficace de combiner une sortie longue, un travail de force en côte et une séance d’endurance régulière.
- Trois à quatre semaines avant, réalisez une sortie de 3 à 5 heures avec au moins 1 200 m de dénivelé.
- Ajoutez une séance comprenant deux ou trois montées de 10 à 20 minutes à une intensité contrôlée.
- Testez votre alimentation sur le vélo, avec environ 40 à 60 g de glucides par heure selon votre niveau et votre tolérance.
- Évitez d’arriver fatigué. Les deux jours précédant l’ascension doivent rester légers.
Le braquet compte davantage que la recherche d’un matériel très haut de gamme. Un pédalier compact en 50/34 dents associé à une cassette de 11-34 ou 11-36 donne une marge utile. Avec un vélo électrique, je recommande de partir avec une batterie entièrement chargée et de choisir un niveau d’assistance modéré pour conserver une réserve dans les derniers kilomètres.
L’altitude ajoute une difficulté particulière. Le froid, le vent et l’air plus sec peuvent accélérer la déshydratation. Si vous ressentez des vertiges, des nausées, des maux de tête inhabituels ou une perte de coordination, il faut ralentir, s’arrêter et redescendre si les symptômes persistent.
Quel équipement emporter pour une sortie réussie
La météo peut changer rapidement entre la vallée et la cime. Une température agréable au départ ne garantit rien à 2 800 mètres. Dans ma préparation, je privilégie toujours la polyvalence plutôt que la tenue la plus légère possible.
- Veste coupe-vent imperméable ou gilet protecteur pour la descente.
- Manchettes, jambières ou couche thermique légère, même en été.
- Gants adaptés, lunettes avec protection contre le soleil et crème solaire.
- Deux bidons, voire davantage selon la chaleur, avec une boisson contenant des électrolytes.
- Au moins deux ou trois ravitaillements solides faciles à manger.
- Chambre à air, démonte-pneus, pompe ou cartouches de CO₂ et batterie de téléphone.
Je déconseille de compter uniquement sur les commerces des villages. Une fois engagé dans la partie haute, il faut considérer que l’on est autonome jusqu’au sommet. Le casque est évidemment indispensable, mais la visibilité l’est tout autant dans la descente, souvent rapide et exposée au vent.
Quand partir et comment organiser la sortie
La route est soumise à l’enneigement et aux travaux. Pour 2026, l’office de tourisme de l’Ubaye annonce une ouverture à partir du 30 avril, mais cette date ne remplace pas une vérification le jour du départ. En pratique, juin à septembre offre les meilleures chances de trouver une route dégagée et une météo exploitable.
Le départ matinal reste le choix le plus sûr. Il permet d’éviter les fortes chaleurs dans la vallée, de garder une marge en cas de crevaison et de redescendre avant les éventuels orages. Je vérifierais la météo à plusieurs altitudes, car le bulletin de la vallée ne reflète pas toujours les conditions au sommet.
Une traversée complète entre Jausiers et Saint-Étienne-de-Tinée représente environ 50 kilomètres entre les deux vallées, sans compter le retour jusqu’au véhicule. Il faut donc prévoir une navette, deux voitures ou un itinéraire en boucle beaucoup plus long. Pour une sortie simple, mieux vaut monter et redescendre par le même versant.
Le détour final vers la cime routière ajoute une courte portion, mais elle compte psychologiquement et physiquement. Beaucoup de cyclistes s’arrêtent au col alors que la route la plus spectaculaire se trouve encore un peu plus haut. Je garderais une réserve d’énergie pour cette dernière boucle et pour la descente qui suit.
La Bonette comme objectif cycliste, pas comme simple chiffre
Le Tour de France y est passé en 2024, après des passages historiques en 1962, 1964, 1993 et 2008. Cette histoire renforce la réputation du site, mais elle ne doit pas pousser un amateur à comparer son temps avec celui des professionnels. Pour moi, la réussite consiste surtout à monter proprement, sans explosion dans les derniers kilomètres.
La meilleure stratégie reste simple : partir lentement, manger avant d’avoir faim, boire régulièrement et adapter la tenue à l’altitude. Avec un vélo bien réglé, un braquet suffisamment souple et une vérification sérieuse des conditions, cette route devient un objectif exigeant mais parfaitement accessible aux cyclistes entraînés.
Je retiendrais enfin une règle essentielle : en haute montagne, la performance passe après la sécurité. Si le vent se lève, si la visibilité baisse ou si la route n’est pas officiellement ouverte, remettre l’ascension à plus tard est souvent la décision la plus sportive et la plus raisonnable.